Refonder l’école de la République

SYNTHÈSE DE LA 3ème ASSEMBLÉE DES GAUCHES ET ÉCOLOGISTES

« REFONDER L’ÉCOLE DE LA RÉPUBLIQUE »

Belfort, le 24 Septembre 2011

L’éducation apparaît comme un thème insuffisamment pris en compte par les candidats de gauche à l’élection présidentielle, hormis quelques chiffrages en matière d’effectifs. C’est pourtant un thème central pour tout changement vers une société de progrès.

C’est pourquoi, il a semblé nécessaire à Gauche Avenir de mobiliser sur ce terrain les acteurs politiques, syndicaux et associatifs de toute la gauche, afin de confronter les points de vue et d’acter les avis convergents.

Sur le thème « Refonder l’école de la République », trois tables rondes se sont tenues à Belfort le 24 septembre 2011 :

  • Quels objectifs et quels contenus pour l’école ?

  • Quelle organisation de l’éducation nationale pour mobiliser la communauté éducative ?

  • Quels partenariats pour des projets éducatifs locaux et globaux ?

Cette assemblée des gauches et des écologistes a réuni des membres de différents partis, de syndicats et d’associations : MRC, PS, EELV, PCF, l’ASSAUT, FSU, UNSA, Association des directeurs d’IUFM, AFEV, FCPE, FRANCAS, SGEN CFDT, Réseau Français des Villes Educatrices et le Groupe Trajectoires.

Les débats ont permis d’établir des convergences autour de constats et de propositions partagées (les points qui n’ont pas fait l’objet de consensus sont indiqués en italique).

  1. Le constat qui nous rassemble

1. L’école républicaine est aujourd’hui exsangue

=> l’institution est en crise : elle concentre les problèmes sociaux de la France, entre exacerbation des tensions, panne de l’ascenseur social et baisse généralisée du niveau scolaire.

=> l’échec scolaire est structurel pour 150 000 élèves qui, chaque année sortent du système scolaire sans diplôme ; 7% d’absentéisme en moyenne ; 300 000 élèves qui sortent du CM2 avec de graves lacunes ; 100 000 qui n’ont pas les compétences de base ou encore 200 000 dont les acquis sont fragiles et insuffisants.

=> une privatisation de fait est engagée, à travers les méthodes de recrutement et de management : développement des vacataires, recrutement des enseignants par les proviseurs, primes au mérite.

2. L’enseignement privé fait florès

=> une politique de casse de l’Ecole Publique est savamment menée par la droite, qui, avec notamment la loi Carle, a retiré des crédits du budget 2011 consacré à l’enseignement public.

=> une politique qui favorise outrageusement l’école privée : sur les 16 000 postes d’enseignants supprimés en 2010, la part de l’enseignement privé aurait dû être de 3 200 postes (20% des élèves étant scolarisés dans des établissements privés). Or, elle n’a été que de 1 400 postes.

=> une politique qui conduit à une explosion du marché des cours particuliers : celui-ci représente plus de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an et croît chaque année de 10%.

  1. Les objectifs que nous partageons


1. L’humain au cœur de l’Ecole

=> redéfinir la finalité de l’école républicaine comme lieu de transmission des valeurs de liberté, d’égalité et d’émancipation individuelle ;

=> porter la problématique de la souffrance à l’école, en organisant, comme pour la souffrance au travail, un grand débat national ;

=> mener une réflexion sur le temps scolaire, pour mieux articuler les activités d’éveil et d’instruction

2. L’égalité sociale comme finalité de l’Ecole

=> combattre le discours segmenté de la crise éducative tendant à déconnecter les problématiques de l’école de celles de la mixité sociale

=> remettre en cause le socle commun et faire une refonte des programmes

=> associer les parents des classes défavorisées par une étroite collaboration avec le corps enseignant

=> faire de l’école le levier de réduction des inégalités sociales

  1. Les solutions que nous avançons

Dans les 3 premiers mois qui suivent l’élection d’un président de la République de gauche, des mesures concrètes devront être prises dans 4 directions :

1. La réduction des inégalités

=> réduire de 5 élèves la taille des classes en zone ZEP (en s’appuyant sur le projet mené par Piketty en 2006) là où le risque de décrochage scolaire est le plus important, c’est à dire pour le CP, le CE1 et le CE2

=> interdire du redoublement avant le CM2, car celui-ci accroît l’échec scolaire à ces âges (étude de M. Crahay, « peut-on lutter contre l’échec scolaire ? ») et le coût généré pour la collectivité devient dès lors inutile

=> mettre en place une nouvelle sectorisation prenant en compte un indice de mixité sociale incluant le privé

=> supprimer la loi Carle de septembre 2009 prévoyant un « chèque éducation privée » qui impose aux communes de financer la scolarisation des enfants résidant sur leur territoire dans des écoles privées d’autres communes, si les parents ont exprimé ce choix

=> lier les réformes de l’éducation et du logement, par la mise en place d’une politique du logement fondée sur des quotas de logements sociaux par quartier (et non plus par commune), afin de permettre à la sectorisation de jouer à nouveau son rôle de production de la mixité sociale.

Certaines propositions n’ont pas fait l’unanimité :

=> mise en place d’une scolarité obligatoire dans un service public unifié jusqu’à 18 ans, ce qui exclut de fait la voie de l’apprentissage dès 16 ans (PCF). EELV rappelant qu’il est favorable à ce recul de 2 ans de la scolarité obligatoire.

=> suppression des écoles privées et confessionnelles et transfert de l’enseignement religieux à l’enseignement extra-scolaire au même titre que la pratique artistique et sportive (l’Assaut).

2. La concentration des efforts sur la petite enfance

=> l’instauration de la scolarité obligatoire dès l’âge de 3 ans, puisque c’est pendant cette période que se dessine la majorité des parcours.

Propositions d’Europe Ecologie Les Verts :

=> ouvrir 400 000 places en crèche

=> mettre en place un service public associatif et solidaire de la petite enfance

=> établir le congé parental paritaire

3. Les rythmes scolaires

Ce sujet ne fait pas l’objet d’un consensus :

=> création d’un bureau de la gestion des temps pouvant être décentralisé (EELV)

=> remise en place de la semaine de 5 jours comprenant la classe le samedi matin et rappel de la nécessité d’un maintien de la gestion des temps par l’Etat (MRC)

4. La formation initiale et continue des enseignants

=> nécessité d’une véritable année de formation dans le cadre d’ IUFM rénovés, avec un temps de présence devant les élèves n’excédant pas le 1/3 du temps de service, en décharge du service du tuteur et dans un volume et une progressivité concertée et adaptée à chacun.

=> créations d’emplois publics programmés dans un plan pluriannuel permettant de résorber efficacement la précarité par un plan de titularisation ambitieux et rapide et le financement de pré-recrutements d’étudiants pour démocratiser l’accès et contrecarrer la désaffection à l’enseignement

=> rendre plus attractif la profession, car la grille salariale est faible (étude de l’OCDE soulignant la faiblesse relative des salaires des enseignants français

En prolongement de cette refonte de la formation des enseignants, EELV propose

=> la création d’un Haut conseil de citoyens, afin de concilier et de mobiliser les acteurs et, au premier rang d’entre eux, les parents, avec la communauté éducative.

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