Forum du désenvoûtement idéologique

Mercredi 26 mars 2008
à l’Assemblée nationale

PrésentationGauche Avenir est un Club de réflexion qui poursuit un important travail destiné à proposer aux principaux courants de la Gauche une base idéologique à la fois fidèle à leurs histoires et moderne vis-à-vis des défis contemporains, ainsi qu’à permettre les changements profonds indispensables de la société actuelle.

Loin des enjeux de pouvoir et des rivalités de personnes, Gauche Avenir rassemble des militants-responsables politiques et syndicaux, chercheurs, simples militants et sympathisants- d’origines et de sensibilités diverses, mais attachés à une certaine idée de la gauche et de la République.

Dans ce contexte, un thème s’est rapidement imposé, celui de la représentation de la réalité économique et sociale. La lutte politique est aussi – dans nos démocraties, surtout – une lutte symbolique, c’est-à-dire une lutte dans laquelle chaque camp cherche à comprendre à sa manière le monde pour mieux tenter d’imposer à tous une certaine représentation de celui-ci. Les débats dans lesquels s’affrontent en permanence les responsables politiques, l’élaboration des programmes électoraux avec leurs mots d’ordre, les campagnes médiatiques fabriquées par des officines de conseils en communication, l’apparition permanente en politique de nouvelles techniques de manipulation, les usages politiques des sondages qui suivent jour après jour « l’état de l’opinion », c’est-à-dire ce que les citoyens sont censés penser, il y a là autant de manifestations de cet affrontement qui passe par les mots, par les représentations sociales, par le fonctionnement ordinaire des médias et par des techniques de persuasion visant à faire percevoir un monde historiquement et politiquement produit soit comme le meilleur des mondes possibles ou soit, à l’inverse, comme la source principale des injustices et des souffrances.
Les mots informent autant qu’ils déforment et nomment autant qu’ils cachent.
Dans la mesure où la lutte politique passe en grande partie par les médias, il importe également de porter une grande attention aux médias, une analyse critique de ceux-ci étant incontournable
Dans ce contexte, la question de l’identification des diverses formes de pression idéologique et de manipulation de l’opinion utilisées par la Droite et ses alliés économiques et rendues possibles par les renoncements de la Gauche se pose avec une acuité particulière : La déconstruction de l’idéologie dominante représente une étape critique du combat à mener.

L’objet du Forum du « Désenvoûtement idéologique » est de sensibiliser les citoyens à ces problèmes afin de leur permettre une meilleure maîtrise sur ces formes contemporaines de la lutte politique. Le Forum se veut aussi un hommage rendu à tous ceux qui essaient, dans des conditions difficiles, de proposer des lectures alternatives ou au moins contrastées des réalités économiques et sociales actuelles.

Programme

18H30- 19H Présentation du Forum resitué dans le contexte des travaux de Gauche Avenir

19H -20H45 Table ronde n°1, animée par Patrick Champagne : « La construction des représentations politiques de la réalité économique et sociale »

Alain Bihr (La Novlangue néolibérale)
Guy Hermet (La liberté faussée)
Christian Salmon (Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits)
Julien Duval (Le mythe du trou de la sécu)

• Débat avec la salle

20H45-22H Table ronde n°2 animée par R.Spizzichino : « Les résistances à l’œuvre. Comment aller plus loin ? »

Témoignages et réflexions à propos de quelques initiatives d’informations différentes, de médias participatifs et de blogs citoyens qui s’efforcent de promouvoir d’autres représentations, d’autres langages et d’autres façons de faire du journalisme :
Zohra Bitan (ma6tvachanger), Pascal Riche (Rue 89), Nicolas Beau (Backchich Info), Jérôme Bouvier (Journalisme et Citoyenneté), Henri Maler (ACRIMED)

• Débat avec la salle

Les intervenantsBibliographie sélective des intervenants de la table ronde n°1 Alain BIHR La novlangue néolibérale. La rhétorique du fétichisme économique, Editions Page deux, Lausanne, 2007 Commander ce livre La préhistoire du capital. Le devenir-monde du capitalisme, vol 1, Lausanne, Éditions Page deux, 2006. Commander ce livre Julien DUVAL Le mythe du « trou de la Sécu », Paris, Raisons d’Agir, Avril 2007, Commander ce livre
Critique de la raison journalistique. Les transformations de la presse économique en France, Paris, Éditions du Seuil, collection « Liber », 2004, 372 p. Commander ce livre
Guy HERMET Guy Hermet, L’Hiver de la démocratie ou le Nouveau régime, Paris, Armand Colin, 2007 (Coll. Le Temps des Idées). Commander ce livre Christian SALMON Storytelling. la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits. La Découverte, 240 p., 18 €. Commander ce livre
« Verbicide » de Christian Salmon a été publié en février 2005 aux éditions Climats. Commander ce livre

Quelques autres ouvrages de référence Benjamin Barber Comment le capitalisme nous infantilise Fayard2007 P. Pignarre et I.Stengers La sorcellerie capitaliste, pratiques de désenvoûtement La découverte 2005 Corinne Gobin, “Le discours programmatique de l’Union européenne. D’une privatisation de l’économie à une privatisation du politique”, Sciences de la société (55), février 2002, Éric Hazan, LQR. La propagande du quotidien, Paris, Raisons d’agir, 2006. Marie-Dominique Perrot, Mondialiser le non-sens, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2001 ; “La mondialisation culturelle ou le bavardage planétaire”, Revue du MAUSS (13), 1999. Collectif d’auteurs Peut-on critiquer le capitalisme ?, éditions La Dispute,., Jean Claude Michéa « L’Empire du moindre mal » Editions Climats 2008 Le Monde 2 n° 96 Manière de Voir Décembre 2007 La fabrique du conformisme Benjamin Barber « Comment le capitalisme nous infantilise » Fayard 2003 Jacques Julliard « La Reine du Monde », essai sur la démocratie d’opinion Flammarion 2008 Guillaume Duval « Sommes-nous des paresseux », et 30 autres questions sur la France et les français, Editions du seuil 2008 Quelques citations significatives ü Si la singularité du capitalisme est d’être un « système sorcier sans sorciers », lutter contre un tel système impose de rendre visibles, sensibles ses procédés. Et de ne jamais lui abandonner ce qu’il a capturé, comme si l’opération de capture constituait un jugement de vérité. Pignarre et Stengers ü « L’absolutisme démocratique met en scène une entreprise qui consiste à fonder un nouvel ordre moral en recourant à une méthode tendant à restreindre l’univers mental de la plupart des gens plutôt qu’à l’enrichir. Il s’agit de les « désinstruire », de les « déprogrammer » afin de leur communiquer sur un terrain vierge un nombre contrôlé de bonnes pensées qui vont circonscrire leurs possibilités de choix et de liberté effectives. Les professionnels aussi bien que les bénévoles de la communication et de l’endoctrinement savent pertinemment que la sottise s’apprend tout comme l’intelligence, à grand renfort de mots convenus calibrés pour soulever l’enthousiasme « citoyen ». Guy Hermet, L’Hiver de la démocratie ou le Nouveau régime, Paris, Armand Colin, 2007, ü On voit que le véritable problème est celui des rapports qui se sont instaurés depuis une vingtaine d’années entre un champ journalistique de plus en plus dominé par la télévision et par les contraintes économiques (pour ne pas dire financières), et cette “opinion publique” très particulière qui est définie et construite au jour le jour par les instituts de sondage et, au-delà, en fait, par les publicitaires ou les spécialistes en communication politique. Les sondages qui sont commandés par les responsables politiques et par les médias visent, en effet, moins à connaître l’opinion publique qu’à savoir, à des fins essentiellement de marketing, ce que le public (ou l’électeur) aime voir ou entendre dans le but de fabriquer des programmes (politiques ou de télévision) ajustés à ses attentes ainsi construites P.Champagne ü Le krach qui vient de causer la panique dans les bourses du monde entier ne manifeste pas seulement une crise de l’économie mondialisée et financiarisée à outrance, il révèle également la crise du discours dominant et médiatique qui justifie cette économie. Une domination qui s’exerce jusqu’à la censure des pensées alternatives et critiques, et qui trouve dans cette crise son point d’achoppement. Censure ? Le terme est fort mais adéquat car il ne recouvre plus uniquement la seule et ancienne prérogative de l’État. Il englobe « le refus brutal de ceux qui ont la main sur les principales institutions d’élaboration ou de diffusion de l’information et des idées que l’hypothèse même d’une autre forme d’organisation sociale puisse être encore librement envisagée ou du moins discutée », dénoncent les auteurs de Peut-on critiquer le capitalisme ? J.B. Quiot, Politis 31 janvier 2008 ü Le but de la démocratie est de nous faire négocier avec nos contradicteurs. En ce sens, le web nous tribalise –chacun dans nos réseaux d’affinité- et nous dépolitise Benjamin Barber Des sites ou blogs alternatifs et indépendants, des démarches nombreuses de progrès ACRIMED Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est, comme son nom l’indique, une association de critique des médias qui se propose de se constituer en Observatoire des médias et d’intervenir publiquement, par tous les moyens à sa disposition, pour mettre en question la marchandisation de l’information, de la culture et du divertissement, ainsi que les dérives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il véhicule le prêt-à-penser de la société de marché. Acrimed se propose de constituer un carrefour de confrontation entre les journalistes, les chercheurs et les acteurs du mouvement social.. ma6tvachanger MA 6T VA CHANGER est née du constat de la faible expression des jeunes sur des questions qui les concernent mais aussi sur des sujets de société en général. Donner la parole à certains, ne veut pas dire pour autant la confisquer à d’autres, bien au contraire. Parce que les jeunes ne sont pas indifférents au monde qui les entoure, nous avons souhaité faire de cette initiative une caisse de résonance de leurs préoccupations, de leurs interrogations mais aussi de leurs espoirs. C’est aussi par l’accès aux savoirs que l’égalité a des chances de ne pas rester qu’un projet politique. Rue 89, un site grand public, de débat, participatif, assure la conception de sites communautaires Backchich Info « Enquêtes, information et mauvais esprit », des éclairages originaux, de nombreux projets en cours Mediapart La toile attire la plume. De plus en plus de journalistes de presse écrite vont vers le Web. Après Rue89, site totalement gratuit qui existe depuis le 6 mai, et Bakchich, voici MediaPart, projet piloté par Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde. Le modèle se veut mixte, mais affirme son choix du payant, pour de « l’information indépendante et de l’investigation à forte valeur ajoutée », selon Plenel Projet “Vu des quartiers”, lancé par l’association Journalisme et Citoyenneté (Président Jérôme Bouvier). C’est l’expérimentation d’une nouvelle forme de journalisme participatif, qui associe les habitants des quartiers à des journalistes volontaires. Deux objectifs : – permettre aux habitants de dire leur quotidien, leurs espoirs, leurs engagements, – proposer une information de qualité inscrite dans une démarche journalistique d’enquête et de vérification. Une occasion unique, aussi, de changer de regard sur les quartiers. Agora Vox TV, le média citoyen Le site Agoravox, qui revendique 10 000 rédacteurs, organise les assises du journalisme citoyen. L’intitulé est bravache et provocateur : les « Rencontres du cinquième pouvoir » entendent enterrer le quatrième, celui de la presse. Et aussi Bellaciao (information militante), Arrêt sur Images (réflexion critique sur les médias), et bien d’autres…..

Compte-renduLa réunion est ouverte par Paul Quilès qui en rappelle l’objectif : faire apparaître l’importance de la bataille des mots au sein du champ médiatique, des luttes qui s’y jouent entre différentes représentations du monde et des intérêts de celles et ceux qui y participent. Cette pensée critique du fonctionnement et des enjeux des « médias » correspond à l’objectif de Gauche Avenir : proposer une base idéologique à la fois fidèle à l’histoire de la gauche et capable de relever les défis de ce début de siècle. 1ère table ronde : la construction des représentations politiques de la réalité économique et sociale »
Patrick Champagne qui préside cette table ronde, rappelle cette idée banale mais qu’il estime pourtant souvent oubliée : en démocratie, la lutte politique est également une lutte symbolique, une lutte où chaque camp essaye d’imposer ses propres mots. La dernière élection présidentielle l’a illustré : des « officines » se sont spécialisées dans des techniques de persuasion visant à imposer des visions du monde. La défaite électorale du PS démontre un déficit sur ce point et justifie pour la gauche une réflexion idéologique appropriée.

Alain Bihr s’est livré dans son ouvrage « la novlangue néo-libérale » à une déconstruction du discours néo-libéral, ce discours justificateur qui travaille et déforme le langage. Un certain nombre de mots relativement banals deviennent des mots-valise dont le contraire est « passé en contrebande » (la « liberté » devient esclavage, « l’égalité » est limitée à la seule sphère politique) ou des mots-écran qui font obstacle à leur propre contraire (la notion de « dette publique » occulte la notion de « créanciers publics » qui s’enrichissent en prêtant de l’argent à l’Etat au détriment de possibles hausses d’impôts décidées par ce dernier). Cette double rhétorique d’inversion et d’occultation du sens peut dévoiler son essence au travers du recours à la notion marxienne de fétichisme économique, la marchandise, l’argent, le capital étant autant de rapports sociaux déifiés auxquels les hommes doivent se sacrifier. L’expression de « désenvoutement » pour qualifier cette rencontre apparaît ainsi particulièrement bien adaptée…

Pour le politologue Guy Hermet, qui partage la thèse d’Alain Bihr sur la novlangue, nous subissons une phase historique de désinstruction, basée notamment sur un vocabulaire dépolitisant pour des affaires pourtant éminemment politiques. Un des exemples le plus marquants est le terme de gouvernance : avec ce concept de pouvoir horizontal distribué entre des experts, des politiques, des représentants de diverses organisations, on entre dans une ère post-démocratique dans laquelle personne ne commande, donc personne n’est responsable. De même, le « service économique d’intérêt général » a remplacé le « service public ». Au travers de ces déviations du langage, c’est bien tout un système de démocratie représentative, qui est remis en cause ; c’est peut être un nouveau régime qui se prépare.

Julien Duval, chercheur au CNRS a souhaité dans son ouvrage « le mythe du trou de la Sécu » renverser les termes du problème du déficit de la Sécurité Sociale. Le « trou de la sécu » est un discours « ni vrai ni faux » (Bourdieu) où des vérités sont mélangées à des choses fausses ou déformées, rendant ainsi difficile la construction d’un discours critique. Le chiffre de ce « trou » est très présent dans les médias, notamment à certaines occasions précises (un reportage sur la fraude dans le domaine de la Sécurité sociale aura comme conclusion « et voilà ce qui va creuser le trou de la Sécu »). Ce déficit est ainsi systématiquement présenté sous la forme d’un montant absolu (ex : 10 milliards d’euros) mais n’est pas relié à la totalité de la dépense de la Sécurité Sociale (ce déficit de 10 milliards représente « seulement » 4 à 5% des dépenses totales de la Sécurité Sociale). L’urgence en matière de Sécurité Sociale n’est ainsi plus la réussite de ses objectifs initiaux (“la garantie à chaque homme qu’en toutes circonstances, il pourra assurer sa subsistance et celle de personnes à sa charge”), mais le respect de l’impératif gestionnaire (« comment boucher le trou »). Cette expression même de « trou » permet de nommer ce problème économique et renvoie à l’idée d’un ménage qui dépense trop, la rendant ainsi particulièrement « compréhensible », « visible » pour tout à chacun. La baisse de la pauvreté qu’a ainsi permise la Sécurité Sociale depuis des décennies n’est en revanche, elle, jamais rappelée…

Christian Salmon s’est lui penché sur la notion de « Story-telling », c’est-à-dire une scénarisation de la vie politique directement inspirée de techniques nouvelles de marketing mises au point par des agences américaines. Apparaît ainsi un « marketing narratif » permettant de capter en permanence l’attention du spectateur, comme un lofteur devant attirer l’attention du spectateur pour rester dans le loft.
Cette notion peut s’illustrer au travers de multiples exemples. A des journalistes qui l’interrogent sur sa volonté de se rendre en Colombie pour retrouver Ingrid Betancourt, Nicolas Sarkozy répond qu’il « s’efforce de construire des séquences cohérentes (…) ». Pour Ségolène Royal, la politique est « une histoire racontée aux gens dont les citoyens sont les auteurs ». L’emploi de mots comme « dégueulasse » ou « paillasson » par des responsables politiques permet d’attirer l’attention sur l’accessoire et d’éviter l’essentiel. Cette scénarisation de la vie politique s’avère ainsi de plus en plus autonome du temps de l’action politique. Ce processus de story-telling entraîne la destruction du temps long nécessaire à la démocratie au profit d’un temps performatif.

Parmi les nombreuses questions posées, un participant soulève la question du « développement durable », comme outil de manipulation idéologique. Pour Alain Bihr, c’est l’exemple même du langage fétichisé, où on ne sait qui ou quoi participe à ce « développement » et ce qui est réellement durable. On rend durable ce qui ne l’est pas.

Paul Quilès conclut en remerciant Patrick Champagne et les intervenants, mais émet le regret que, face à cette déformation des mots et des concepts dans un sens qui nuit à la démocratie, l’on continue à se trouver désarmé.

2ème table ronde : « les résistances à l’œuvre. Comment aller plus loin ? »
Robert Spizzichino , qui préside la deuxième table ronde, indique qu’après les résistances nombreuses exprimées par des intellectuels au travers de leurs ouvrages et de leurs recherches, il existe aussi des résistances professionnelles qu’on retrouve dans des blogs citoyens, des médias alternatifs, des expériences faites pour donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, le Web 2.0 et les sites communautaires. La question est de savoir si ces outils qui ont été qualifiés par certains de cinquième pouvoir, permettent de lancer une dynamique de résistance qui touche le grand public ou si elle ne touche que des élites.

Nicolas Beau , ancien journaliste du Canard Enchaîné et désormais l’un des animateurs du site Bakchich info (au titre évocateur : « Enquêtes, information et mauvais esprit »), considère que le mouvement de journalistes de la presse écrite vers ce nouveau média découle de la présence notamment de Arnault ou de Pinault dans la gestion de la presse. Mais il souhaite éviter toute « mythification » de ce nouveau média : la précarité des journalistes demeure importante, et la publicité s’avère rapidement un élément indispensable à son financement… Quant à la tentation du people, elle persiste, car les records d’audience sont battus quand apparaissent les mots « Carla », « Rachida » ou « Cécilia ».

Pascal Riché , de Rue89, a lui l’impression de revivre au travers de ces blogs l’aventure des radios-libres, avec l’espoir d’éviter la dérive de ces dernières… Les blogs autorisent des relations beaucoup plus horizontales avec le lecteur, et donnent accès à des informations peut-être secondaires, mais inaccessibles via d’autres médias
(Sarkozy apparemment ivre au sommet du G7 ou une conversation privée de Rachida Dati avec une journaliste). Il pense qu’il devrait être possible de trouver des équilibres financiers corrects sans pour autant nuire à « l’indépendance » de ces médias, sous condition de professionnalisme. Il insiste sur l’intérêt du caractère participatif de ces nouveaux médias
Jérôme Bouvier , président de l’association Journalisme et citoyenneté, a voulu au travers du projet « vu des quartiers » expérimenter une nouvelle forme de journalisme participatif, qui associe les habitants des quartiers à des journalistes volontaires. Deux objectifs : – permettre aux habitants de dire leur quotidien, leurs espoirs, leurs engagements, – proposer une information de qualité inscrite dans une démarche d’enquête et de vérification. Le temps suffisamment long accordé à cette expérience a permis de retrouver l’un des plaisirs du métier du journalisme et permet la réappropriation d’une aventure éditoriale. Par ailleurs, l’association met au point une Charte de la qualité de l’information allant dans le sens de l’établissement d’une relation de confiance entre les divers acteurs de la chaîne éditoriale.

L’association critique Acrimed que présente par Patrick Champagne constitue un carrefour de confrontation entre les journalistes, les chercheurs et les acteurs du mouvement social. Elle souhaite inverser la tendance de défaite de l’hégémonie culturelle de la Gauche. Le succès de cette association démontre la pertinence de son positionnement selon Patrick Champagne, qui rappelle qu’il existe sur le Net, comme au sein de la presse écrite, une hiérarchie, avec des sites plus ou moins sérieux, plus ou moins crédibles et où la moindre erreur se paie « cash » car se sachant très rapidement.

Editorialiste à l’Humanité et un des fondateurs de Gauche Avenir, Claude Cabanes regrette les menaces qui planent autour de la presse papier et des grands quotidiens nationaux. Il pense qu’un grand quotidien de gauche aujourd’hui devrait traiter en priorité trois sujets :

1. La banlieue
2. le « Monde du Silence » qu’est le monde de l’entreprise, comme celui des supermarchés et des conditions de travail des caissières.
3. La vie culturelle

Paul Quilès interroge les différents intervenants sur ce qu’ils sont capables d’apporter pour répondre aux montées du formatage des esprits que la première table ronde a mis en évidence.

Jérôme Bouvier pense que la qualité de l’information, par exemple telle elle est décrite dans la Charte, devrait avoir une valeur constitutionnelle

Plusieurs personnes interviennent dans la salle, notamment pour regretter le faible intérêt de ces questions des médias et de communication au sein du Parti Socialiste ou le risque de voir apparaître avec les blogs le mythe du « journalisme à la portée de tout le monde », comme a pu exister la croyance à la transformation de tout à chacun en réalisateur quand est apparu le caméscope.

Il est clair en tout cas que ce premier Forum du désenvoûtement idéologique a mis en évidence des phénomènes graves et inquiétants, mais que, malgré les médias alternatifs, la façon d’y répondre à une vaste échelle mérite d’être encore largement approfondie.

Paul Quilès conclut la soirée en remerciant les différents intervenants et rappelle que ce débat autour des représentations et des médias s’inscrit pleinement dans la démarche de réarmement idéologique entreprise par Gauche Avenir dont l’objectif est clair : la reconquête du pouvoir central par la Gauche en s’inscrivant dans la durée. Il annonce la publication prochaine d’un texte sur les valeurs et les perspectives de la Gauche, la Charte de l’Unité.

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